La tyrannie du temps réel

« La tyrannie du temps réel n’est pas très éloignée de la tyrannie classique, parce qu’elle tend à liquider la réflexion du citoyen au profit d’une activité réflexe. La démocratie n’est pas solitaire, elle est solidaire, et l’homme a besoin de réfléchir avant d’agir. Or le temps réel et le présent mondial exigent du téléspectateur un réflexe qui est déjà de l’ordre de la manipulation. La tyrannie du temps réel est un assujetissement du téléspectateur. La démocratie est menacée dans sa temporalité, puisque l’attente d’un jugement tend à être supprimée. La démocratie, c’est l’attente d’une décision prise collectivement. La démocratie live , la démocratie automatique, liquide cette réflexion  au profit d’un réflexe. C’est l’audimat qui remplace l’élection.

« Le salut nous viendra de l’écriture et du langage. Si nous refondons la langue, nous pourrons résister. Sinon nous risquons de perdre la langue et l’écriture. Ensuite en reprenant l’autre pour ne pas le perdre, c’est à dire en refusant le divorce. Si nos sociétés continuent d’aller vers une individualité solitaire, à travers le couple séparé et la famille monoparentale, il n’y aura pas de résistance possible. Donc, reprendre la langue, se reparler et reprendre l’autre, se recoupler et non se découpler ».

Virilio Paul, Cybermonde, la politique du pire, « editions textuel », p85.